Le Mali, riche d’une longue histoire impériale, traverse aujourd’hui une passe difficile. Au début de septembre 2025, les groupes jihadistes liés au JNIM (affilié à al-Qaïda) ont imposé un blocus sur les importations de carburant vers Bamako et les régions environnantes. Ce « blocus du carburant » a paralysé l’économie du pays : des files interminables se forment devant les stations-service, et le gouvernement a même fermé écoles et universités faute de carburant. Pourtant, ce coup dur n’est pas sans précédent dans l’histoire de ces terres. En repensant aux grands empires du passé, on retrouve d’étonnants parallèles qui inspirent confiance et espoir.

Aux XIᵉ et XIIᵉ siècles, l’Empire du Ghana (ou Wagadou) fut lui aussi isolé du commerce transsaharien. Les Almoravides berbères, venus du nord, réussirent d’abord à prendre la ville caravanière d’Aoudaghost en 1054, coupant ainsi une importante liaison marchande. Peu après, en 1076, l’armée almoravide, conduite par Abou Bakr ben Omar, envahit Koumbi Saleh – la capitale du Ghana – et la dévasta partiellement. Cette double offensive étrangère porta un coup fatal à l’Empire du Ghana : historiens et archéologues soulignent que la « perte de contrôle des voies commerciales » fut la clé du déclin final de ce royaume. En dépit de ces destructions, la civilisation soninké ne disparut pas : des siècles plus tard, le nom et les traditions du Ghana réapparurent sous la tutelle de nouveaux pouvoirs (le Ghana devint alors un royaume tributaire du futur Empire du Mali).

L’effondrement du Ghana prépara l’ascension de l’Empire du Mali (XIIIᵉ–XVᵉ siècle). Les Mandingues de Soundiata Keïta fondèrent un nouvel État puissant autour du fleuve Niger et reprirent vite la main sur les échanges. L’Encyclopædia Britannica note ainsi que l’hégémonie qui était celle du Ghana fut « reprise par l’empire mandingue du Mali (XIIIᵉ–XVᵉ siècle) ». Sous le règne de Soundiata, puis de ses successeurs comme Mansa Moussa, les caravanes d’or et de sel furent redirigées vers les grands centres maliens : les routes commerciales traversèrent dorénavant Djenné et Tombouctou. En témoigne la prospérité légendaire de ces villes au XIVᵉ siècle, alors citadelles du savoir islamique et du commerce. Certes, l’Empire du Mali connut lui aussi son déclin (notamment après le XIVᵉ siècle), mais il a eu le temps de diffuser sa culture et de consolider la région.

Après le Mali vint l’Empire songhaï, qui succéda à son tour au pouvoir régional au XVᵉ siècle. Sous Askia Mohammed et ses héritiers, Songhaï étendit son influence bien au-delà du Niger, continuant l’essor économique et intellectuel entamé par le Mali. Là encore, un choc extérieur mit fin à la domination songhaï. En 1591, une armée marocaine équipée de mousquets traversa le Sahara et vainquit l’armée songhaï jugée mal armée. Tombouctou et Gao ne purent résister : l’invasion provoqua « le chaos politique » et une « désorganisation du commerce » selon les chroniqueurs. Le vaste empire s’effondra, mais de cette ruine naquirent de nouveaux pouvoirs locaux (Tukulor, Macina, Bambara de Ségou…) qui finirent par reconsolider la région malienne.

Ces exemples du passé montrent une chose essentielle : chaque fois que des forces perturbatrices ont coupé les routes du commerce ou semé le désordre, les populations maliennes ont su se relever. Après les raids almoravides, après la chute des empires du Ghana, du Mali ou de Songhaï, les peuples de cette région ont rebâti des cités, relancé les échanges et préservé leur héritage. Aujourd’hui encore, malgré la gravité de la crise du carburant, cette tradition de résilience est porteuse d’espoir. Le Mali a traversé des moments bien plus sombres et s’en est sorti. Si des caravanes d’or repartaient de Djenné et Tombouctou après la chute de Ghana, si de nouvelles cités ont grandi après la débâcle de Songhaï, alors nous aussi, nous surmonterons ces épreuves. Restons unis et confiants : l’aube se lèvera à nouveau sur le Mali.

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